1. À quoi sert un mégachu?
Un grand centre hospitalier universitaire (CHU) ou mégachu a trois fonctions : formation des médecins, recherche et traitement des patients. Pour s’acquitter de son mandat, un mégachu doit regrouper, dans un seul établissement : toutes les spécialités médicales; des équipements de pointe; un bassin de population important.
La population de langue maternelle anglaise du Québec n’est pas assez importante à elle seule pour justifier la construction d’un mégachu. La majorité des patients traités dans un mégachu à Montréal sera de langue maternelle française.
2. En quoi la construction de deux mégachus concerne-t-elle l’Outaouais?
Le gouvernement du Québec a décidé d’investir 5,2 milliards de dollars dans la construction de deux mégachus à Montréal, l’un qui fonctionnera en anglais et l’autre, en français. Avec les inévitables dépassements de couts, les contribuables québécois auront à dépenser de 5 à 7 milliards de dollars. De plus, une fois la construction terminée, les contribuables québécois devront assumer les frais d’exploitation de deux mégachus, au lieu d’un seul.
Ces sommes énormes réduiront inévitablement les sommes disponibles pour les services et les équipements de santé ailleurs au Québec. L’Outaouais manque déjà cruellement de ressources dans le domaine de la santé et risque d’en manquer encore à l’avenir à cause de ce double projet.
3. Comment peut-on justifier la construction de deux mégachus au lieu d’un seul?
La seule justification de la construction de deux mégachus au lieu d’un seul, qui serait partagé par les deux grandes facultés de médecine montréalaises, est le refus de l’Université McGill d’accepter un tel partage. L’Université McGill veut pouvoir continuer de former des médecins et de faire de la recherche en anglais au Québec.
4. Niez-vous les droits des anglophones à des services dans leur langue?
Pas du tout, les patients qui le désireront pourront obtenir un accès à des soins comme le prévoit déjà la loi actuelle.
5. Pourquoi voulez-vous priver les Anglo-Québécois de leurs institutions?
L’Université McGill va continuer d’exister, les hôpitaux anglophones vont continuer d’exister.
6. N’est-ce pas avoir une conception étroite des droits de la minorité anglophone que de demander l’arrêt du projet?
Le meilleur respect que l’on puisse avoir de la minorité c’est de lui fournir tous les moyens de s’intégrer, de participer pleinement aux institutions communes. Un seul mégachu c’est une occasion exceptionnelle de faire collaborer nos deux plus grandes facultés de médecine à une mission nationale dans un projet d’envergure internationale.
7. N’est-il pas normal qu’une grande faculté de médecine comme celle de McGill ait son propre centre?
Un centre hospitalier universitaire a besoin d’un bassin démographique important pour réunir le nombre et la diversité des cas des diverses pathologies devant faire l’objet de la recherche et de l’enseignement. C’est un équipement ultraspécialisé qui, dans ce cas précis, ne peut pas remplir sa mission sur les seules assises démographiques de la minorité anglophone. Il ne peut être que d’envergure nationale, ce qui fait l’essence de sa mission. C’est pourquoi il ne peut y en avoir qu’un. Et puisqu’il s’agit d’un équipement devant servir toute la population, il est normal que le français y soit la langue de l’administration, la langue de travail et celle dans laquelle sont rédigés les dossiers des patients.
8. Doit-on comprendre qu’en plus de l’annulation du projet de construction vous demandez l’annulation des autres volets de la création du MUHC?
Nous demandons une réorganisation des complémentarités des divers établissements avec un seul mégachu qui en sera le pôle central. Cela veut donc dire que nous demandons une révision du projet du Montreal Children Hospital et qu’un accord soit conclu sur l’arrimage de ce centre à celui de Sainte-Justine, qui doit constituer le navire amiral en matière de soins et de recherche pédiatriques.
9. Est-ce qu’on doit comprendre que vous remettez en question les choix actuels en ce qui concerne les sites?
Nous souhaitons un seul mégachu. Le choix du site est une question secondaire.
10. On sait bien que le regroupement dans un seul établissement changerait les paramètres de construction, de localisation, etc. Le site de Saint-Luc ne devrait-il pas être abandonné dans ce cas?
Le débat sur l’emplacement ne peut se faire sans qu’on ait d’abord fait le choix de bâtir un seul établissement. Une fois ce choix fait, on pourra discuter de la réorganisation du projet selon les besoins définis dans le cadre d’un « partenariat « entre les deux universités.
11. Vous pensez vraiment que ce partenariat est possible?
La recherche aujourd’hui passe obligatoirement par des partenariats de toutes natures entre les établissements. Pourquoi McGill, qui se targe de bâtir toutes sortes de partenariats avec des universités d’un peu partout dans le monde, ne pourrait-elle pas le faire avec l’Université de Montréal?
12. Ne vaudrait-il pas mieux garder deux mégachus pour mieux encourager la compétition et l’émulation entre les deux facultés?
C’est mal comprendre la réalité du monde moderne de la recherche. Les universités montréalaises sont en compétition avec celles du monde entier, pas entre elles d’abord.
Le Québec est une petite société, et nos moyens sont très modestes en comparaison de ceux que peuvent mobiliser, par exemple, les grands centres universitaires américains, pour ne prendre que cet exemple. Nous avons intérêt à regrouper nos forces pour optimiser nos moyens et mieux jouer nos atouts.
13. McGill est un véritable joyau de la recherche, ne serait-ce pas la diminuer que de l’intégrer dans un seul mégachu?
Au contraire, en collaborant avec l’Université de Montréal qui est aussi un joyau de la recherche, nous avons la possibilité de faire de ce mégachu une véritable référence mondiale. Deux joyaux dans un même écrin, cela constitue un véritable trésor.
14. Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour reconsidérer les choses?
Il est évident que le Québec n’a pas les moyens de se payer deux mégachus. Les couts de construction ne cessent d’augmenter. De plus, on ne sait pas du tout à combien se chiffrera la rénovation et la reconversion des hôpitaux (Royal Victoria, Notre-Dame, Hôtel-Dieux, Montreal General, etc.) qui seront touchés par la réorganisation. Deux éléphants blancs grossissent sus nos yeux.
Il vaut mieux arrêter maintenant et réduire les pertes au minimum dès aujourd’hui. Tout d’ailleurs ne serait pas perdu dans le travail déjà accompli. Une partie sera réutilisable dans un projet revu et corrigé.
15. Hormis les couts de construction, qu’est-ce qu’on économiserait? Est-ce que cela compenserait les couts de l’arrêt des travaux en cours?
Il ne faut pas oublier que le dédoublement engendrera, pour tout la durée de vie des équipements, des frais d’administration et de gestion associés à l’existence de deux bureaucraties pour en assurer le fonctionnement, sans compter les frais de financement de deux constructions. Ces couts évités à eux seuls justifieraient qu’on arrête l’aventure actuelle.
Mais il y a plus important encore. En économisant sur le dédoublement des bureaucraties et sur les tonnes de béton, nous pourrions dégager plus d’argent pour les soins et plus d’argent pour financer la recherche. Il ne faut pas oublier que ce qui fait l’excellence d’un centre hospitalier universitaire, c’est d’abord et avant tout la qualité de ses chercheurs. Il vaut donc mieux avoir de l’argent pour embaucher, outiller et retenir plus de chercheurs que de jeter des sommes colossales dans les coffrages à béton.
16. Que voulez-vous dire par là?
La démographie actuelle ne justifie pas le partage à 50-50 des enveloppes budgétaires. La minorité anglophone reçoit là un financement quatre fois supérieur à son poids démographique dans la société québécoise. Selon les prévisions les plus réalistes, la population du Québec cessera sous peu de croitre et se mettra même probablement à décliner. Et si elle croît légèrement, ce sera en grande partie le fait de l’immigration. Or, les immigrants — c’est le choix de société que nous avons fait avec la loi 101 — doivent s’intégrer à la majorité française. La disproportion entre les deux établissements ne fera que s’accroitre. À moins de concéder que l’immigration doive contribuer à accroitre le poids de la minorité anglaise, auquel cas le mégachu anglophone n’est plus un établissement au service de toute la population, mais bien un instrument d’expansion démographique.
17. En supposant qu’il n’y ait qu’un centre, est-ce que cela règlerait notre problème de pénurie de médecins?
Pour régler la pénurie de médecins, il faut agir sur deux dimensions : augmenter le nombre de places disponibles pour les étudiants en médecine et accroitre le taux de rétention des médecins désirant pratiquer au Québec.
Dans l’état actuel des choses, les diplômés en médecine de McGill forment un peu plus de 57 % du contingent de médecins qui quittent le Québec. Cela s’explique principalement par le fait que McGill recrute une très grande partie de ses étudiants à l’étranger (au Canada anglais et aux États-Unis principalement). Si l’on veut agir, il faut donc revoir le partage actuel des places entre les universités. Présentement, McGill obtient 25 % des places en médecine.
La création d’un seul mégachu n’aurait pas d’incidence directe sur cette question. Indirectement cependant, un grand établissement de cette envergure serait sans doute en mesure d’améliorer le taux de rétention des diplômés.