Est-ce que deux c'est mieux?  Dépenses publiques pharamineuses pour la construction de deux hôpitaux à Montréal. Et s'il n'y en avait qu'un finalement?
Le Délit, 27 mars 2007
Yacine Hanaya, étudiant, Université McGill


Le Québec se lance dans le plus gros investissement public en infrastructure de son histoire, depuis la construction des barrages hydroélectriques. Le 7 avril dernier, le ministre de la santé du Québec, Philippe Couillard, annonçait en effet une dépense de 3,6 milliards$ pour la construction de deux centres hospitaliers universitaires (CHU) à Montréal ainsi que de l’agrandissement de l’hôpital Sainte-Justine associé à l’Université de Montréal. Les deux CHU, l’un francophone et l’autre anglophone, seront respectivement sous la responsabilité de l’Université de Montréal et de l’Université McGill.

Lorsqu'ils ont été lancés en 2005, ces projets étaient évalués à 1,8 milliards de dollars, soit moitié moins que le chiffre de 2006. Face à cette dépense publique, la coalition Un seul CHU, dont le porte-parole n’est autre que le docteur Denis Lazure, ministre de la santé du premier gouvernement de René Lévesque, s’insurge et déclare que cette dépense est inappropriée pour remédier aux déficiences du système de santé de Montréal. En sa qualité de médecin et d’ancien ministre, le docteur Lazure a confié au Délit que la construction de centres hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD) pour les personnes âgées ainsi que pour les malades chroniques est bien la meilleure solution à l’encombrement des urgences. Il reconnaît aussi qu’il existe un problème de modernisation des hôpitaux existants mais que l’ajout de pavillons aux structures existantes suffirait à résoudre ce problème. Le docteur Lazure n'est pas le seul à travailler pour Un seul CHU. Patrick Sabourin, principal organisateur de la coalition, fait part de son opinion dans une entrevue au Délit.

Quels sont selon vous, les principaux besoins en matière de santé au Québec?

D’après ce que j’ai lu, n’étant pas médecin, je dirais que ce sont les soins de premières et secondes lignes, c'est-à-dire les soins à domicile et les CHSLD. Le Québec connaît un vieillissement de sa population, or il y a un manque de soins à domicile nécessaires aux personnes âgées qui se retrouvent souvent aux urgences, d’où la pénurie de lits. De plus, l'aide financière pour les personnes ayant quitté leur emploi afin de prendre soin de membres malades de leurs familles n'est pas suffisante.

Pensez que ces projets peuvent quand même contribuer à l’amélioration du système de santé à Montréal?

Non, je pense que ces projets ont principalement pour objectif d’améliorer la recherche et d’attirer ainsi plus de chercheurs à Montréal. Les commanditaires de ce projet soutiennent que ce projet solutionnera la vétusté des hôpitaux et parlent de vétusté pour un hôpital de plus de cinquante ans. Sur de tels critères il faudrait donc fermer de nombreux hôpitaux européens.

D’où proviendront les fonds nécessaires à ce projet?

Le Québec financera 2,1 milliards de dollars. Le reste proviendra du gouvernement fédéral ainsi que d’investisseurs privés. Cependant, le coût annoncé de 3,6 milliards$ est encore susceptible d’augmenter. Il est fréquent pour des opérations de cette envergure que le coût final soit bien supérieur à celui estimé.

Quelle alternative proposez vous donc?

Nous proposons la construction d’un seul CHU bilingue, ainsi que la modernisation de structures existantes. Cela permettra d’économiser 50 p. cent du coût de ce projet. Cet argent pourra notamment être réinvesti dans des programmes de soins à domicile ainsi que dans des projets plus adaptés aux déficiences du système de santé de Montréal mais aussi du Québec où il existe aussi des besoins en matières de santé. Dans l'immédiat, nous réclamons un réel débat public ainsi que la création d’une commission de sages par le gouvernement du Québec qui statuerait sur la solution la plus adaptée en s’appuyant sur des audiences publiques.

Visitez le www.unseulchu.org pour obtenir plus de renseignement sur la coalition.


ADQ leader commits to superhospitals: 'I sincerely believe we need those projects'
The Gazette, 7 mars 2007
Kevin Dougherty


Mario Dumont said yesterday he is committed to building the new $3.6-billion teaching hospitals affiliated with McGill and Universite de Montreal.

"We have to," the Action democratique du Quebec leader said.

"They are important projects."

Dumont said the projects, which appear to be stalled, are needed to offer better health care to Quebecers.

"But also for the development of the economic sector that will probably have the highest growth rate in all sectors in the industrial world in the next couple of decades," he said.

"Health care, pharmacology, this is the sector with the aging of the population throughout the western world that will be the sector of economic growth that will probably be unique."

In addition to teaching new medical personnel, the hospitals will spur innovation, including the startups of science-based small businesses, he said.

But Dumont also slammed the Charest government for allowing the cost of the projects to rise by $1 billion, before a single piece of sod has been turned.

"We would look at the books, look at the reality and look at the real figures but I sincerely believe that we need those projects," Dumont said.

The ADQ leader made his commitment to the teaching hospitals after laying out his plans to balance Quebec's budget, pointing out that Quebec's auditor- general has identified a $5.3-billion hidden deficit in the government's books.

"We need a government that is more prudent in spending," he said.

Dumont maintained the ADQ would publish regular estimates of projected government spending, over a 10-year period, would bring down spending, balance the budget and pay down the debt - which he pointed out has grown by $11 billion under the Liberal government to $122 billion.

 


Un seul méga-hôpital pour les deux universités : un concept innovateur, inclusif et économique
18 janvier 2007
Dr Denis Lazure, porte-parole de la coalition pour un seul mégaCHU


Il aura fallu 30 ans pour que la dette du Stade Olympique soit enfin liquidée et voilà que la population du Québec, sans même avoir été consultée, s'apprête à assumer une dette encore bien plus considérable, si le projet de créer à Montréal deux méga-hôpitaux, le CHUM et le CSUM, est mené à terme.

Depuis que l'Université de Montréal et l'Université McGill ont reçu le feu vert du gouvernement du Québec, il y a 15 ans, le coût envisagé pour ces deux chantiers n'a cessé de grimper. En 2004, le ministre de la Santé, monsieur Philippe Couillard, déclarait que le maximum de fonds publics alloués était de 800 millions de dollars pour chaque hôpital mais, en 2006, ce plafond passait à 1.8 milliards de dollars soit un total de 3.6 milliards de dollars.

À l'exception des grands projets hydro-électriques, il s'agit là de l'investissement le plus considérable de l'histoire du Québec.

Le débat public ne s'est jamais fait sur la nécessité de construire ou non ces deux méga-hôpitaux, mais a toujours porté sur le choix du site pour le CHUM: notons au passage, que le site pour le projet de l'Université McGill n'a pratiquement pas été l'objet de discussion publique.

Depuis 2000, plusieurs groupements se sont dits inquiets par cet engagement gouvernemental si onéreux alors que, depuis plusieurs années, les dirigeants des réseaux hospitaliers se plaignent du manque de ressources financières: comme pour les infrastructures routières, les établissements de santé au Québec ont été privés des fonds nécessaires à leur entretien et à leur salubrité.

De plus, plusieurs sondages d'opinions publique démontrent qu'au-delà de 70% des gens sont d'avis que la construction de deux méga-hôpitaux à Montréal n'est pas une priorité à leurs yeux et ne constitue pas une solution aux graves problèmes bien connus, tels que l'engorgement des urgences, la pénurie du personnel médical et infirmier, le manque de ressources pour malades chroniques, pour personnes âgées en perte d'autonomie, l'insuffisance des soins à domicile, etc...

Cette énorme dépense de fonds publics, si elle se réalise, entraînera une très grave pénurie pour plusieurs décennies et ce sont les régions du Québec qui en subiront les conséquences.

La Coalition pour un seul CHU est d'avis que la communauté médicale ainsi que les professionnels de la santé qui oeuvrent dans les hôpitaux montréalais - pour les soins, la recherche et l'enseignement - sont suffisamment ouverts à leurs vis-à-vis de l'autre université pour qu'ils accueillent favorablement et avec enthousiasme de travailler côte-à-côte à l'intérieur d'un seul méga-hôpital, desservi par le personnel des deux universités.

Depuis déjà plusieurs années, un grand nombre de médecins francophones exercent dans les grands hôpitaux affiliés à McGill et cela est aussi vrai pour l'ensemble des professionnels: dans une moindre mesure, de plus en plus de personnel médical anglophone travaille dans les hôpitaux affiliés à l'Université de Montréal.

La plupart des grandes institutions montréalaises dans les domaines des arts, de la culture, des affaires, du droit, de la justice se sont développées harmonieusement sans éprouver le besoin de créer deux structures parallèles: pourquoi en serait-il autrement dans le secteur de la santé?

Les universités l'ont compris depuis un long moment: en effet, plusieurs facultés de McGill dispensent en français leur enseignement et le mouvement inverse est amorcé aussi à l'Université de Montréal, notamment aux Hautes Études Commerciales (HEC).

Les deux principales communautés universitaires de la métropole ont une occasion en or de réaliser ensemble un projet innovateur et inclusif, plutôt que de continuer à se cantonner chacune de son côté, à dédoubler d'énormes dépenses de fonds publics: les contribuables du Québec accueilleraient avec soulagement et gratitude un tel geste de solidarité sociale qui serait posé par nos dirigeants universitaires!

Un seul méga-hôpital, où cohabitent les personnels des deux universités: ce n'est pas le CHU de l'Université de Montréal, ce n'est pas le CHU de l'Université McGill, c'est le CHU de la Ville de Montréal où se retrouvent les cliniciens, les enseignants et les chercheurs émanant des deux grandes universités montréalaises!

Bien sûr, comme toute formule inédite, originale, elle présente un très grand mais beau défi et c'est pourquoi notre Coalition demande qu'une Commission de Sages soit créée par le gouvernement du Québec afin qu'elle examine les modalités d'implantation de ce CHU unique, et qu'elle ait recours, en autres moyens, à des audiences publiques.

Afin de permettre un examen sérieux de la question par cette Commission, il est évident que le gouvernement du Québec doit décréter un moratoire immédiat sur les deux projets en cause.

La Coalition « Un seul CHU » est consciente que sa proposition implique de graves inconvénients, mais nous croyons qu'en l'adoptant, le gouvernement du Québec ferait preuve de beaucoup de courage et de clairvoyance: il n'est pas trop tard pour éviter ce gouffre où seraient engloutis des milliards et saisissons cette occasion pour en réduire le coût d'au moins 50%!