Opinions:
Pas de place pour deux mégahôpitaux à Montréal
Les Affaires, 13 octobre 2001
Dr. Pierre Audet-Lapointe


Les fusions des hôpitaux universitaires de Montréal, Québec et Sherbrooke sont un désastre. Les responsables sont bien connus, et espérons qu'un jour un décompte complet des conséquences qui en ont découlé sera fait. À l'Université de Montréal, plusieurs de ceux qui ont vécu ces événements se rappellent dans quelle atmosphère le tout s'est déroulé. Près de six ans plus tard, la confusion persiste et les informations rendues publiques récemment ne font rien pour éclaircir la situation.
On n'a jamais su les véritables raisons qui ont motivé le choix de l'emplacement du futur CHUM, d'autant plus que les premiers intéressés n'avaient jamais été consultés. Il a toujours été difficile de comprendre pourquoi des terrains fortement contaminés avaient été retenus autant pour l'emplacement du CUSM que celui du CHUM, auprès duquel on retrouve en plus une voie ferrée à proximité. Ce qu'on sait, c'est que les seuls arguments en faveur de ces deux projets reposent sur des rêves pharaoniques entretenus par des idées de grandeur propres à chacun des deux milieux universitaires de Montréal et de McGill, et défendus par des principes de justice distributive d'inspiration historique. Quant à leur coût financier, qu'en est-il? Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a pas de pharaon à l'horizon pour fournir l'argent nécessaire à ces projets démentiels.
On peut se questionner sur la méthodologie utilisée par le ministère et par la SICHUM dans l'achat des terrains et " l'oubli " de l'évaluation du coût lié au déménagement des activités publiques et privées sur les terrains actuels. Informé des budgets consacrés aux deux sociétés d'implantation, c'est avec cynisme qu'on s'interroge sur l'utilisation de tels montants. On croit rêver quant on nous apprend que les coûts projetés de ces deux projets sont de l'ordre d'environ trois milliards de dollars, sans compter les centaines de millions qui seront nécessaires pour convertir les hôpitaux déjà existants au centre-ville à de nouvelles vocations encore loin d'être définies. Où prendra-t-on tout ce financement ?
La véritable question est beaucoup plus simple: y-a-t-il place pour deux mégahôpitaux à Montréal ? Rémy Trudel, l'actuel ministre de la Santé et des Services sociaux, s'est vu refuser par Lucien Bouchard la présidence d'un comité de coordination des deux mégahôpitaux projetés, sous le prétexte, semble-t-il, que le mandat était trop politique. Voilà qui est problématique! Pourquoi M. Trudel ne prend-t-il pas ses responsabilités en ramenant à la raison les responsables hospitaliers et universitaires des Universités de Montréal et de McGill et en mettant fin à ces rêves insensés ?
À Montréal, il n'y a vraiment place que pour un seul mégahôpital universitaire, qui devrait être un projet conjoint des deux Facultés de médecine et être dirigé par des gestionnaires qui " ont les deux pieds sur terre ".